ART "Matériographies" GASPARD

Art et Politique

Texte écrit à l'occasion de l'enquête "ART-DEATH / international /survey» de Thierry Vendé et Tamara Laï sur la « tripartition sociale » 2001

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Questions posées: 1/D'après-vous l'art est-il un acte de pouvoir? 2/Le Pouvoir se sert-il de l'art ? 3/comment penser la politique en dehors des jeux de pouvoir? 4/Quelles propositions pouvons-nous faire ?

1/ L'art est-il un acte de pouvoir?

Je pense que l'art est un engagement individuel. Gagner de l'argent avec ses oeuvres est une récompense, ce n'est pas un droit. L'oeuvre d'un Artiste se construit le plus souvent sur plusieurs décennies. Celui qui choisit de devenir un artiste prend réellement le risque de devoir vivre pauvrement.  Dans  ces conditions, l'artiste qui pense se servir de l'art comme instrument de pouvoir se trompe de carrière. Par contre il est évident que les responsables des institutions se servent bien de l'art pour leur propre pouvoir et qu'ils trouvent de nombreux artistes opportunistes, le plus souvent médiocres, pour les servir.

2/ Le pouvoir se sert t'il de l'art?

            Bien sur que oui, le pouvoir se sert de l'art et des artistes! Pour un gouvernement, l'art est avant tout le symbole d'un illusoir rayonnement, d'ou la tentation d'en faire un instrument de propagande. Cependant, selon moi ces aspects, liés à l'organisation sociale et politique sont incontournables. C'est donc un mal nécessaire même dans une société démocratique, et c'est à chaque artiste de refuser de se compromettre avec tel ou tel pouvoir qui n'est pas à son goût. Il peut par contre accepter les moyens mis à sa disposition par des institutions culturelles pour financer son oeuvre. Je pense même que cela devrait être un des rôles de l'artiste que d'aider les institutions à trouver les meilleurs moyens de favoriser l'existence d'un art de qualité. Seulement les institutions se servent des artistes pour leurs propres buts alors que cela devrait être l'inverse. Je ne connais pas bien les problèmes de l'Allemagne et de l'Italie, mais je pense qu'ici en France la situation est très mauvaise. Je pense même que l'art actuel (l'art en train de se faire) est devenu si médiocre à cause des institutions, qu'il n'a pratiquement plus d'existence. Cette médiocrité des oeuvres répond ainsi à la médiocrité et à l'ignorance du public et des décideurs, ainsi qu'aux faibles moyens mis à leur disposition pour réaliser leurs oeuvres. Une des raisons principale à mon sens est que la fonction des oeuvres exposées par les institutions d'art contemporain n'est pas assez clairement définis. S'agit t'il d'enseigner ou de collectionner? Dans les deux cas cela me semble être un échec. L'effort pédagogique, lors de manifestations artistiques est insuffisant, prolongeant ainsi un enseignement scolaire inexistant. Cela ne génère que plus de confusion et d'ignorance. Le sentiment principal qui se dégage des activités financées par les institutions d'art contemporain, privées ou publique en France est avant tout celui d'un immense gaspillage. L'argent nécessaire à l'édification de coûteuses architectures modernes pour édifier des bâtiments dédiés à l'art contemporain, ainsi que les salaires versés aux innombrables employés qui en assurent le fonctionnement représentent des somme considérables. Mais quelle part va à la création des oeuvres? Pratiquement rien, ou si peut! Quelle qualité peut-on espérer d'oeuvres crées sans moyens? Le paradoxe est là, bien que ce soit la création qui justifie l'existence des institutions, l'argent qui va à la création de nouvelles oeuvres ne représente qu'une portion congrue. Des bureaucrates ignorant gèrent tout cela.

3/ Comment penser la politique artistique en dehors des jeux de pouvoir?

            A mon avis, le fait même d'envisager l'art comme faisant partis d’une «politique artistique» est une impasse pour l'art, car cela implique tôt ou tard des conflits d'intérêts totalement étranger aux problèmes de l'art. Je propose de remplacer ce terme de «politique artistique», qui implique un but à atteindre, des choses à prouver, un consensus à obtenir, par celui de «mécénat». Cela n'est pas qu'une question de forme. «un mécénat artistique d'état» prouverait son désinteressement idéologique et inscrirait son action dans une tradition qualitative de l'art. Car si le «mécénat  des princes à bien jadis contribué réellement à la création d'oeuvres de génies, la politique dans l'art n'a générée que de la propagande. L'art politique est la pire chose qui peut arriver aux artistes. S'il est vrai qu'il n'y a pas de progrès en art, la création contemporaine n'est cependant pas née de rien et elle s'inscrit bien dans une évolution continue. Ainsi, la notion de «mécénat d'état», serait simplement de donner la priorité aux artistes sur les institutions. Puisque les artistes justifient par leurs créations l'existence des institutions, c'est donc les artistes qui doivent tenir le rôle central. La création originale n'est le fait que de quelques uns car peu de gens prennent le risque d'élaborer petit à petit une oeuvre. Mais c'est pourtant ceux-là qui justifient l'existence des milliers de fonctionnaires et de salariés des institutions culturelles dédiées aux arts contemporains. Faire des institutions qui soient au service des artistes et de la création, et non l'inverse. Je n'ai pourtant pas d'illusions, l'art est sans doute une chose trop sérieuse pour être confiée aux artistes, n'est-ce pas?

Quelles propositions pouvons nous faire?

Les propositions auxquelles je pense sont très générales et viseraient à donner une position centrale aux artistes considérés plutôt comme des chercheurs que comme des producteurs de divertissements d'un «show business» de l'art contemporain.

Par exemple je pense qu'un ministère de la culture est inutile et qu'un simple secrétariat d'état au «mécénat culturel» rattaché au ministère de la recherche suffirait. Moins de bureaucratie pour plus de création individuelle. Le véritable problème qui se pose est à mon avis celui de l'ignorance du public. Cela commence à l'école. Les employés du ministère de la culture pourraient être affectés à l'enseignement pour mettre au point un véritable projet de l'enseignement de l'art dans les écoles. Il s'agirait d'encourager une re-lecture de l'art qui insisterait sur la continuité organique de l'évolution des idées dans l'art: l'art contemporain n'est pas né de rien. Un travail pédagogique devrait être fait lors de chaque exposition pour situer l'importance des oeuvres présentées par rapport à l'évolution de l'art. Il faudrait encourager les oeuvres de qualité au détriment des oeuvres de 4émé ou 5émé catégorie qui ne font que cristalliser les confusions dans l'esprit du public et justifier leur averssion pour l'art contemporain.

Voir aussi à ce sujet les réflexions de Bernard Noël 1997 à http://www.republique-des-lettres.com/n1/noel.shtml

Art et Economie :

1/ Est-ce l'art qui fait le marché ou le marché qui conditionne l'expression artistique?

2/ L'art peut-il être pensé comme contre pouvoir économique? Est-ce son rôle? 3/ Peut-on et doit-on proposer un modèle artistique autonome?

Si vous trouver que cette rédaction hâtive offre un quelconque intérêt, je vous promet de prendre le temps de continuer ma réflexion aussi sur les rapports de l'art avec le marché de l'art. En quelques mots cependant, je pense que l'art et le marché de l'art n'obéissent pas aux mêmes lois. D'un côté l'artiste qui crée dans la logique de l'art, et de l'autre le marché qui suit les lois de l'économie qui sont valables pour lui. L'art reste de l'art et l'économie, et bien c'est de l'économie.

2001 Gaspard